
Fin des années 1950, alors que les américains et les russes sont en pleine Guerre Froide, Indiana Jones est capturé par des militaires à la recherche de mystérieux artefacts. S'ensuivent explosions nucléaires, quasi profanations de tombes pas tout à fait mayas ni aztèques, retrouvailles d'anciens combattants, pardon d'anciens amants et poursuites en voiture, le tout mené à un rythme trépidant jusqu'à un final très « Cités d'Or ».
Indiana Jones IV marque le retour du héros d'enfance de millions de jeunes adultes. Même s'il n'est plus tout jeune, Indy vit dans ce nouveau volet des aventures aussi palpitantes que durant ses vertes années... un peu trop palpitantes même ! En effet, le film a tendance à enchaîner des scènes d'action de (trop) longue durée au détriment de toute émotion. La psychologie des personnages est basique et leurs liens se renouent aussi facilement qu'ils s'étaient déliés des dizaines d'années plus tôt. Devant ce nouvel opus des aventures de l'archéologue le plus charismatique de la galaxie, difficile de ne pas ressentir l'étrange sensation de ne voir qu'un film-somme constitué de clins d'oeil aux carrières respectives de Spielberg et Lucas plutôt qu'un épisode possédant une identité propre. Les points suivants confirment cette idée :


1. L'ambiance fifties particulièrement marquée de la scène de course de voitures qui ouvre le film rappelle American Graffiti de George Lucas (les costumes, les coiffures et l'attitude de la bande de jeunes qui participent à la course ont ce côté vintage et stéréotypé qui fait le charme du film de Lucas).
2. Denholm Elliott et Sean Connery, interprètes respectifs de Marcus Brody et de Henry Jones Senior, apparaissent dans le film sous forme de portrait. Il est également précisé dans les dialogues que leurs deux personnages ont récemment décédé. Denholm Elliott s'est effectivement éteint peu après le tournage du troisième Indiana Jones, et Spielberg lui rend hommage à plusieurs reprises dans le film, notamment en plaçant une statue à son effigie dans la cour de l'Université. Quant à Sir Sean Connery, il n'aurait pas souhaité sortir de sa retraite pour reprendre le rôle du père d'Harrison Ford.
3. Le thème des civilisations extra-terrestres jalonne la carrière de Spielberg (Rencontre du troisième type, E.T.). Il était toutefois difficile d'imaginer Indy confronté un jour à un peuple venu d'une autre planète. En toute subjectivité, je préfère les quêtes d'objets mystico-religieux tels que le Graal ou l'Arche d'Alliance, Indy vs E.T. constituant à mes yeux une rencontre peu convaincante et peut-être même contre nature. Dans les dernières aventures d'Indiana Jones, deux univers spielbergiens qui auraient mieux fait de ne jamais se croiser se fondent ainsi l'un dans l'autre. Voilà un énorme quiproquo scénaristique uniquement voué à servir de lien thématique entre les différentes oeuvres de Spielberg.

4. Le retour de la première « Indiana Jones Girl ». Marion Ravenwood (alias Karen Allen), l'amour de la vie d'Indy a vielli, comme nous tous. En l'invitant à se joindre aux nouvelles (dernières ?) aventures dont Harrison Ford est le héros, Spielberg boucle la boucle et évite d'adjoindre à Indy une acolyte à peine sortie de l'adolescence. Son nom n'est définitivement pas James Bond.
5. Le film se présente comme un ultime hommage au héros un peu poussiéreux qu'est aujourd'hui Indiana Jones. Il se dégage de ces nouvelles aventures un charme désuet lié à la reconstitution très stéréotypée des années 50 et à sa toile de fond politique totalement dépassée aujourd'hui (la Guerre Froide). Une nostalgie douce amère plane par ailleurs sur les dialogues et sur une action digne de vieux comics. Indy IV, c'est le temps des regrets et de la recherche du temps perdu (avec Marion...), c'est aussi le temps de voir mourir ses proches et d'être « trop vieux pour ces co.... ries », comme disait un célèbre personnage qui a lui aussi eu du mal à prendre sa retraite. C'est le temps où les effets spéciaux d'ILM ont définitivement remplacé les trucages de papa et où Harrison n'insiste plus pour faire ses cascades. Au détour de quelques jolis plans, on sent cependant que Spielberg serait prêt à rempiler, sans doute en confiant le fouet et le chapeau à un nouveau Jones. C'est la fin d'une époque.