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Films à twists

Surveillance

Bill Pullman et Julia Ormond. Wild Bunch Distribution

Dans ce thriller à l’ambiance poisseuse, Jennifer Lynch garde son audience en haleine jusqu’au twist final en parsemant son récit de flashbacks multipliant les points de vue sur la scène clé du film. Si Surveillance est plutôt bien mené, il faut quand même avouer que tout ce qui suit le twist tant attendu tombe souvent dans le grand guignol, notamment à cause de l’interprétation des acteurs, qui en font des tonnes. En outre, une fois le fin mot de l’histoire dévoilé, le film perd tout son intérêt. Au final, Surveillance n’a rien de plus à offrir que son fameux twist, ni en terme de mise en scène (classique et efficace, mais pas non plus inoubliable), ni en terme narratif. Pas de quoi s’offrir le DVD ultra collector comprenant une mèche de la réalisatrice.

Evan Rachel Wood. Metropolitan FilmExport

La vie devant ses yeux

Partagée entre un passé traumatisant et un présent déprimant, Uma Thurman tente tant bien que mal de faire vivre cette trop longue comédie dramatique au twist final cousu de fil blanc. Ce qui aurait pu être un film intelligent (et potentiellement intéressant) sur la difficulté de faire le deuil de traumatismes passés se révèle un mélodrame pompeux et dispensable.

Kiefer Sutherland. Twentieth Century Fox France

Mirrors

Une mise en scène efficace ménageant de beaux moments de suspense pour un thriller horrifique plutôt divertissant plombé par un quart d’heure final qui redéfinit les limites du ridicule hollywoodien.

À suivre… Ne manquez pas les films sympas dans un prochain épisode !

 
De retour sur la toile (ou "Mon été de cinéma chapitre 2 à peine en retard !")

Avec un peu de retard pour cause de déménagement (nouvelle vie, nouveau travail mais pas d’Internet !), voici la suite des films de mon été. Comme souvent, ce fut une saison cinématographique assez catastrophique (au moins j’ai fait ma provision de navets pour l’hiver).

1. Les blockbusters estivaux

David Duchovny et Gillian Anderson. Twentieth Century Fox France

Nostalgique des premières saisons des X-Files, je suis allée voir les nouvelles aventures de Mulder et Scully sur grand écran. Fort d’une trame scénaristique classique mais bien menée, le film fait la part belle aux personnages en s’attardant sur l’évolution de leurs relations. Une bonne surprise qui prend le contrepied de ce à quoi pouvaient s’attendre les fans de la série.

Christian Bale. Warner Bros.

Avec Batman Begins, Christopher Nolan avait réussi à redorer le blason d’une franchise pratiquement morte suite aux interventions successives de Joel Schumacher. Avec The Dark Knight, le réalisateur signe un bon divertissement, tout de même loin du chef-d’œuvre vanté un peu partout. D’abus de travellings circulaires en scènes d’action interminables multipliant les effets 3D ratés, ce Batman est un catalogue de mauvais effets de style (répondant également à l’appellation contrôlée de « mise en scène clipesque »). Au final, je me suis plutôt ennuyée devant ce film niais (la palme revenant à la scène des bateaux piégés) interprété par un Christian Bale sous morphine.

Michelle Yeoh, Mélanie Thierry et Vin Diesel. StudioCanal

Babylon A.D. Voilà un film qui ne donne pas envie de lire le roman dont il est adapté. Souffrant d’un casting improbable jamais au diapason (Vin Diesel, Mélanie Thierry et Michelle Yeoh), Babylon A.D. multiplie les scènes d’action mal filmées et mal montées, jusqu’à son final grotesque qui voit Lambert Wilson et Charlotte Rampling se couvrir de ridicule dans de pathétiques prestations.

Michael Vartan. TFM Distribution

Solitaire (Rogue en VO) de Greg McLean. Le metteur en scène de Wolf Creek revient avec un film de monstre primaire et efficace. Quelques jolis plans sur la nature australienne, une grosse bête très très méchante (mais pas très futée) et un couple d’acteurs sexy suffisent à passer un agréable moment devant cette série Z qui s’assume.

2. Le Pixar

Walt Disney Studios Motion Pictures France

Encensé par la critique et adulé par le public, Wall-E m’a finalement plutôt déçue. Si la première partie burlesque et presque muette est captivante, le film prend une tournure décevante et inutilement bavarde dès l’arrivée des hommes dans le récit. À l’image des humains du film, la critique de la société de consommation ne fait pas dans la légèreté et le message vaguement écolo n’est jamais que dans l’air du temps. Reste une jolie cyber-histoire d’amour.

À suivre sur ce blog : les films sympas de l’été (Braquage à l’anglaise, Be Happy) et les derniers nav… heu films à twists vus (Surveillance, La vie devant ses yeux, Mirrors).

 
Un, dos, test !

Victime de la maladie du test qui tourne, j'ai succombé à mon tour à la tentation de vous livrer mes réponses au petit dernier sur le mode du « Si j'étais ».

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.frAffiche coréenne. Pretty Pictures

Un film : La rose pourpre du Caire de Woody Allen, pour l'ambiance mélancolique, la fin de l'innocence et l'amour du 7ème art.
Un réalisateur : Charlie Chaplin.
Une histoire d'amour : Celle d'Ingrid Bergman et Cary Grant dans Notorious d'Hitchcock ou celle de Jim Carrey et Kate Winslet dans Eternal Sunshine of th Spotless Mind de Michel Gondry. J'aime bien aussi Jack et Sally dans L'étrange Noël de Monsieur Jack.
Un sourire : Celui de Buster Keaton : un sommet de mélancolie.
Un regard : Celui de Buster Keaton (qui a d'ailleurs inspiré un joli livre que j'ai lu il y a quelques années).
Un acteur : Rufus Sewell.
Une actrice : Lauren Bacall.
Un début : Le cauchemar avec les chiens qui ouvre Valse avec Bachir m'a beaucoup impressionnée.
Une fin : Aucune ne me vient à l'esprit en particulier... peut-être parce que j'ai souvent du mal à considérer ce moment précis comme le plus important d'un film.
Un générique : Même remarque que pour la fin.
Une scène clé : Il y en a plus d'une là par contre ! Je dirais (entre autres car ce film en est truffé) la scène du lac gelé dans Eternal Sunshine of th Spotless Mind de Michel Gondry ou la « pause café empoisonné » de Notorious d'Hitchcock.
Une révélation : Marilyn Monroe dans Niagara : elle était déjà mondialement adulée, mais c'est à ce moment-là que son talent dramatique a véritablement éclaté.
Un gag : Charlie Chaplin dans Le Dictateur.
Un fou rire : Le dernier en date, devant Little Miss Sunshine.
Un rêve : Le cinéma en général.
Une mort : J'essaye de ne pas trop accorder d'importance aux morts de cinéma car les décès dans la vie réelle sont suffisamment éprouvants. Cela dit, j'ai été anéantie par la mort des deux enfants affamés du Tombeau des Lucioles.
Une rencontre d'acteurs : Lauren Bacall/Humphrey Bogart dans Le port de l'angoisse d'Howard Hawks.
Un fantasme : Patricia Arquette dans son lit dans Human Nature de Michel Gondry : il fallait oser !
Un baiser : Les baisers de cinéma sont rarement convaincants... disons le baiser pluvieux de Match Point ?
Une scène d'amour : Celles des films de Kim Ki-duk ou de Match Point car Woody Allen y a montré qu'il savait aussi filmer la passion (un talent bien caché jusque là).
Un plan séquence : Allons chercher chez Welles, on y trouvera bien quelque chose à se mettre sous la dent !
Un plan tout court : Le visage défait de Glenn Close à la fin des Liaisons Dangereuses de Stephen Frears.
Un choc plastique en couleurs : L'étrange Noël de Monsieur Jack.
Un choc plastique en noir et blanc : Quand la ville dort de John Huston.
Un choc tout court : Orange Mécanique de Kubrick : impossible de le voir une troisième fois !
Un artiste sous-estimé : Probablement tous mes amis d'études de ciné qui voulaient devenir réalisateurs... Courage les amis, et n'oubliez pas de limez vos canines le matin !
Un artiste surestimé : Un seul ? Vous n'y pensez pas ? C'est pas tout ça, mais je dois vous laisser : je suis sur le point de terminer mon chef d'oeuvre : « Point rouge sur fond noir ».
Un traumatisme : Non, vois pas...
Un gâchis : V pour Vendetta : j'ai encore mal pour l'oeuvre originale quand j'y pense ! N'oublions pas non plus notre cher cinéma français... Il est loin l'âge d'or des Renoir, des Clouzot ou même de Godard !!
Une découverte récente : Le nucléaire, c'est pas propre et ça peut même pas mal polluer... nan, tu te moques, c'est pas vrai ?!? Et moi qui croyais que Tchernobyl était une station balnéaire !!
Une bande originale : L'étrange Noël de Monsieur Jack par Danny Elfman.
Un somnifère : Le cinéma français moderne.......................... Oups, pardon, je m'étais endormie sur mon clavier rien que d'y penser.
Un frisson : Si c'est de peur, c'est difficile à dire. Si c'est juste un frisson de plaisir, j'en ai eu beaucoup au cinéma !
Un monstre : The Host de Bong Joon-ho !
Un torrent de larmes : Le tombeau des lucioles d'Isao Takahata. Je ne sais pas si je m'en remettrai un jour.

 
Mon été de cinéma (1)

À l'instar de la météo de ce mois de juillet mi-figue, mi-raisin, mon été cinématographique a commencé par toucher le fond avant de connaître une magnifique embellie puis de demeurer constant dans la demie-teinte !

Mon été de cinéma a plutôt mal commencé avec la projection de Made in Italy de Stéphane Giusti. Sous couvert de rendre hommage aux grands cinéastes italiens et à la culture de son pays d'origine tout en ne cessant pas de revendiquer son attachement à la France (son pays d'adoption), Stéphane Giusti met en scène une histoire insipide et pleine de clichés sur nos deux pays. Comédie de boulevard écrasée par des références qui ne lui font que du tort, Made in Italy verse dans le marivaudage grossier (par quel miracle le personnage du père est-il parvenu à se faire aimer de toutes ces femmes ?) et n'approfondit jamais un sujet qui aurait mérité un meilleur traitement. Au suivant !

Le film suivant est venu illuminer mon été cinématographique. Après l'avoir raté à la 40ème Quinzaine des Réalisateurs, j'ai décidé de ne pas passer à côté d'Eldorado une seconde fois. Direction mon cinéma préféré et en route vers le plat pays ! Je n'ai pas regretté une seconde d'être allée voir ce road movie doublé d'un buddy movie improbable. La beauté des plans, le comique de situations et l'humour des dialogues font d'Eldorado une petite pépite qui, à l'image de Moscow, Belgium, Rumba ou encore Home (tous projetés dans des sélections parallèles du dernier Festival de Cannes), confirme la vitalité du cinéma belge. Nos voisins belges l'ont bien compris : rien ne vaut une belle histoire toute simple portée par un casting solide ! Tous les films évoqués ci-dessus s'attachent à des personnages quasiment marginaux, dans une situation sociale souvent difficile. Sans bling bling ni poudre aux yeux, la Belgique touche le spectateur en lui offrant de belles histoires auxquelles il est invité à s'identifier. Non seulement le conte de fées devient accessible aux non-détenteurs de sandales Manolo Blahnik à 400 dollars la paire (cf : Moscow, Belgium, Rumba), mais en plus les auteurs ne prennent pas les gens pour des imbéciles en leur imposant un happy end parachuté et impossible (Eldorado). Voilà un cinéma inspiré qui, s'il défend les valeurs de la solidarité, de l'amitié ou même parfois de la famille, sait en reconnaître les limites et éviter toute morale réac' ou happy end niais.

Affiche américaine. HBO Films

La palme du bling bling revient cet été à Sex and the City, le film. Une déception à la hauteur de l'attente ? Oui et non. Oui, parce que la sixième et dernière saison apportait un point final intéressant à la série et que ces prolongations sonnent parfois faux. Non, parce qu'on y retrouve tout de même l'esprit de la série, même si tout ceci a été édulcoré. Le passage en coup de vent de nombreux personnages autrement plus étoffés dans la série (Smith, Harry, Stanford etc.) laisse en outre une impression de rendez-vous manqué, ce qui est d'autant plus dommage que le scénario multiplie les passages à vide (défilé, enchères, essayages) qui ne sont là que pour exploiter l'horripilant aspect bling bling de la série... Reste le plaisir de retrouver des personnages que l'on aime plus ou moins (j'ai toujours eu une préférence marquée pour Samantha et Miranda). Des retrouvailles sympathiques mais sans plus.

Enfin, pour finir le mois de juillet sur une touche humoristique, quoi de mieux qu'un bon film d'animation Dreamworks ? Kung Fu Panda remplit parfaitement son office de divertissement familial : drôle, défendant les sempiternelles « valeurs à inculquer aux petits nenfants » inhérentes à tout bon dessin animé qui se respecte, non dénué d'émotions, et techniquement parfait. Un bon gros « produit » parfaitement calibré pour l'été servi par un casting de luxe (Angelina Jolie, Jack Black, Dustin Hoffman etc.). Sympathique et offrant de beaux moments d'hilarité, mais manquant peut-être un petit peu d'âme.

 
Diary of the Dead : l'avis d'une profane

C'est la panique aux quatre coins du Monde ! Les morts reviennent à la vie et s'attaquent à tous les humains qu'ils croisent sur leur chemin. Un groupe d'étudiants en cinéma en plein tournage d'un film d'horreur au coeur d'une forêt va devoir prendre les armes (et la fuite) devant cette invasion de morts-vivants.

Comme annoncé dans le titre de cet article, je suis particulièrement peu au fait de ce qui se fait ou a pu se faire par le passé en matière horrifique... C'est tout juste si je vois un film d'horreur par décennie, et c'est mon premier Romero ! Faute de références, j'irai donc droit au but en ne livrant ici que mes impressions de « nulle en films d'horreur ».

Bac Films

Dans sa perpétuelle mise en abîme de son sujet (les étudiants ne cessent de filmer les événements), Diary of the Dead m'est d'abord apparu comme une espèce de Scream du film de zombies. Mais le pessimisme du message final a tôt fait d'effacer cette drôle de comparaison. Il plane en effet sur le film une désillusion permanente quant à la nature humaine, aussi stupide que sadique. Tout cela est bien joli (quoique...), mais en tenant absolument à introduire au coeur de cette histoire de morts-vivants des éléments qui se veulent subversifs, le film part dans de nombreuses directions et survole tous les grands sujets de société qu'il se sent obligé d'aborder. La violence ou la désinformation sont ainsi maladroitement intégrés à un récit finalement très « gloubi boulgesque ». Même si suspense et angoisse ne sont pas au rendez-vous (tout cela restant assez prévisible), l'aspect horrifique est plutôt sympathique, et certains plans comme celui des zombies dans la piscine parviennent à se détacher d'un ensemble inégalement captivant. Malheureusement, il faut bien avouer que deux jours après visionnage, il n'en reste déjà plus grand chose.

 
Diary of the Dead - Chronique des morts vivants - ma note pour ce film :
La nouvelle vie de Monsieur Horten de Bent Hamer

Conducteur de train à la veille de la retraite, Odd Horten est un homme placide, peu loquace et insaisissable. Après avoir raté son dernier train, Horten se laisse aller au gré des rencontres, d'une baignade nocturne interrompue à un saut à ski repoussé pendant des années.

Ceux qui ont vu le beau film humaniste Kitchen Stories (2003) sur la rencontre entre un norvégien et un suédois qui s'installe chez lui pour faire un sondage sur les habitudes des hommes célibataires dans leur cuisine ont forcément retenu le nom de Bent Hamer. Habitué du Festival de Cannes, le metteur en scène norvégien a présenté Kitchen Stories puis l'irrévérencieux Factotum (2005) à la Quinzaine des Réalisateurs avant de faire son entrée au sein de la sélection officielle Un Certain Regard lors du dernier Festival avec La nouvelle vie de Monsieur Horten. Au vu de cette ascension cannoise, il ne serait pas étonnant de retrouver Bent Hamer en Compétition Officielle dans les années à venir.

Océan FilmsBaard Owe. Océan Films

La nouvelle vie de Monsieur Horten se distingue des films du cinéaste évoqués plus haut par un rythme particulièrement languissant. La caméra y suit les pérégrinations de son protagoniste comme si elles seules lui servaient de guide. Le temps semble imprimer la pellicule de son empreinte immuable avec une lenteur inédite, au fil des rencontres incongrues d'Horten. Les nombreuses scènes enneigées baignées d'éclairages diffus imprègnent le récit d'une atmosphère irréelle, comme si Horten vivait un rêve sans fin. Si le faux rythme et l'économie de dialogues qui caractérisent La nouvelle vie de Monsieur Horten ne susciteront pas l'adhésion de tous, son message simple mais beau ne pourra quant à lui que faire des adeptes.

 
La Nouvelle vie de Monsieur Horten - ma note pour ce film :
Bons Baisers de Bruges de Martin McDonagh
Affiche américaine. Focus Features

À la suite d'un contrat ayant mal tourné, deux tueurs à gages se réfugient à Bruges, pittoresque lieu de tourisme belge dont le charme très « vieille Europe » est loin d'enchanter Ray, particulièrement éprouvé par les événements tragiques qui l'ont amené en Belgique.

Porté par un trio de luxe (Brendan Gleeson, Colin Farell, Ralph Fiennes), Bons Baisers de Bruges revisite le polar sanglant tendance Coen dans l'atmosphère cotonneuse et étrangement onirique de la ville de Bruges. De la comédie romantique au polar ultra-violent en passant par le drame psychologique, cet OVNI cinématographique mélange quantité de genres et enchaîne les ruptures de ton tout en parvenant à prendre le temps d'installer une atmosphère singulière faite d'éclairages diffus qui subliment la beauté de Bruges et de plans symboliques qui s'attardent sur des tableaux de peintres flamands mettant en scène le Jugement Dernier.

Brendan Gleeson et Colin Farrell. SNDBrendan Gleeson et le réalisateur Martin McDonagh sur le tournage. SND

Les dialogues irrévérencieux, les personnages politiquement incorrects et le final ultra-violent sont ici extrêmement percutants pour la simple raison qu'un univers de violence urbaine se retrouve transféré dans le lisse décor de Bruges au moment des fêtes de Noël. Étrangement baigné d'une culpabilité chrétienne qui aurait fait pâlir Sir Alfred Hitchcock en personne, Bons Baisers de Bruges est un polar atypique doublé d'une expérience cinématographique rare.

 
Bons Baisers de Bruges - ma note pour ce film :
Indiana Jones : à la recherche du temps perdu
Paramount Pictures France

Fin des années 1950, alors que les américains et les russes sont en pleine Guerre Froide, Indiana Jones est capturé par des militaires à la recherche de mystérieux artefacts. S'ensuivent explosions nucléaires, quasi profanations de tombes pas tout à fait mayas ni aztèques, retrouvailles d'anciens combattants, pardon d'anciens amants et poursuites en voiture, le tout mené à un rythme trépidant jusqu'à un final très « Cités d'Or ».

Indiana Jones IV marque le retour du héros d'enfance de millions de jeunes adultes. Même s'il n'est plus tout jeune, Indy vit dans ce nouveau volet des aventures aussi palpitantes que durant ses vertes années... un peu trop palpitantes même ! En effet, le film a tendance à enchaîner des scènes d'action de (trop) longue durée au détriment de toute émotion. La psychologie des personnages est basique et leurs liens se renouent aussi facilement qu'ils s'étaient déliés des dizaines d'années plus tôt. Devant ce nouvel opus des aventures de l'archéologue le plus charismatique de la galaxie, difficile de ne pas ressentir l'étrange sensation de ne voir qu'un film-somme constitué de clins d'oeil aux carrières respectives de Spielberg et Lucas plutôt qu'un épisode possédant une identité propre. Les points suivants confirment cette idée :

Harrison Ford et Shia LaBeouf. Paramount PicturesShia LaBeouf, Harrison Ford et Karen Allen. Paramount Pictures

1. L'ambiance fifties particulièrement marquée de la scène de course de voitures qui ouvre le film rappelle American Graffiti de George Lucas (les costumes, les coiffures et l'attitude de la bande de jeunes qui participent à la course ont ce côté vintage et stéréotypé qui fait le charme du film de Lucas).

2. Denholm Elliott et Sean Connery, interprètes respectifs de Marcus Brody et de Henry Jones Senior, apparaissent dans le film sous forme de portrait. Il est également précisé dans les dialogues que leurs deux personnages ont récemment décédé. Denholm Elliott s'est effectivement éteint peu après le tournage du troisième Indiana Jones, et Spielberg lui rend hommage à plusieurs reprises dans le film, notamment en plaçant une statue à son effigie dans la cour de l'Université. Quant à Sir Sean Connery, il n'aurait pas souhaité sortir de sa retraite pour reprendre le rôle du père d'Harrison Ford.

3. Le thème des civilisations extra-terrestres jalonne la carrière de Spielberg (Rencontre du troisième type, E.T.). Il était toutefois difficile d'imaginer Indy confronté un jour à un peuple venu d'une autre planète. En toute subjectivité, je préfère les quêtes d'objets mystico-religieux tels que le Graal ou l'Arche d'Alliance, Indy vs E.T. constituant à mes yeux une rencontre peu convaincante et peut-être même contre nature. Dans les dernières aventures d'Indiana Jones, deux univers spielbergiens qui auraient mieux fait de ne jamais se croiser se fondent ainsi l'un dans l'autre. Voilà un énorme quiproquo scénaristique uniquement voué à servir de lien thématique entre les différentes oeuvres de Spielberg.

Harrison Ford et Cate Blanchett. Paramount PicturesCate Blanchett, Ray Winstone et Harrison Ford. Paramount Pictures

4. Le retour de la première « Indiana Jones Girl ». Marion Ravenwood (alias Karen Allen), l'amour de la vie d'Indy a vielli, comme nous tous. En l'invitant à se joindre aux nouvelles (dernières ?) aventures dont Harrison Ford est le héros, Spielberg boucle la boucle et évite d'adjoindre à Indy une acolyte à peine sortie de l'adolescence. Son nom n'est définitivement pas James Bond.

5. Le film se présente comme un ultime hommage au héros un peu poussiéreux qu'est aujourd'hui Indiana Jones. Il se dégage de ces nouvelles aventures un charme désuet lié à la reconstitution très stéréotypée des années 50 et à sa toile de fond politique totalement dépassée aujourd'hui (la Guerre Froide). Une nostalgie douce amère plane par ailleurs sur les dialogues et sur une action digne de vieux comics. Indy IV, c'est le temps des regrets et de la recherche du temps perdu (avec Marion...), c'est aussi le temps de voir mourir ses proches et d'être « trop vieux pour ces co.... ries », comme disait un célèbre personnage qui a lui aussi eu du mal à prendre sa retraite. C'est le temps où les effets spéciaux d'ILM ont définitivement remplacé les trucages de papa et où Harrison n'insiste plus pour faire ses cascades. Au détour de quelques jolis plans, on sent cependant que Spielberg serait prêt à rempiler, sans doute en confiant le fouet et le chapeau à un nouveau Jones. C'est la fin d'une époque.

 
Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal - ma note pour ce film :
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